le prix du retour après une pause

le prix du retour après une pause

Nous vivons à l’ère du « tout maintenant ». Nous voulons des résultats rapides, visibles et, si possible, partageables. Aussi quand on parle de sport et de santé. Il suffit de regarder les réseaux sociaux pour trouver des défis viraux, des corps « transformés » en quelques semaines et des messages qui reprennent le même slogan : si tu veux vraiment, tu peux tout faire. C’est ainsi qu’est née la culture du « maintenant oui », cet élan qui pousse de nombreuses personnes à passer d’années de vie sédentaire pour s’inscrire, presque sans transition, à une course populaire, à un programme de haute intensité ou à un défi physique extrême.

L’intention, dans la plupart des cas, est bonne. Je le vois souvent en consultation : des personnes qui souhaitent mieux prendre soin d’elles, mieux bouger, retrouver des sensations. Le problème n’est pas la motivation, mais le récit qui l’accompagne. Nous avons intériorisé l’idée que le corps doit réagir immédiatement à l’enthousiasme, comme s’il était un appareil duquel on peut exiger la performance simplement après avoir appuyé sur le bon bouton. Mais le corps ne fonctionne pas comme ça.

Les messages de motivation réussissent parce qu’ils font appel à l’épopée : tout ou rien, sacrifice visible, réalisation rapide. On nous vend la transformation comme un acte héroïque concentré en quelques semaines. Cependant, l’amélioration physique est rarement spectaculaire. La véritable transformation ne donne généralement pas de goût : elle est lente, silencieuse et cumulative. Il ne réagit pas bien à l’urgence ou à la culpabilité.

L’une des erreurs les plus courantes est de croire que l’on peut rattraper le temps perdu d’un seul coup. Passer du canapé à courir dix kilomètres en deux semaines, comme si le corps avait une dette à rembourser. Mais le corps ne comprend pas les ajustements express ni les objectifs grandioses. Il comprend l’adaptation, la répétition et le repos. L’alternative au « maintenant oui » n’est pas la paresse, mais quelque chose de beaucoup moins tape-à-l’œil et de plus efficace : la persévérance.

Cette culture ne surgit pas de nulle part. Elle est alimentée par une pression sociale constante et par des histoires de changements rapides qui montrent rarement le véritable processus. Elle est renforcée par un marketing qui promet des carrosseries neuves en 30 jours et des solutions miracles qui ne tiennent presque jamais ce qu’elles impliquent. Et à cela s’ajoute une culpabilité accumulée : « Cela fait des années que je n’ai pas pris soin de moi, maintenant je dois me rattraper. » Le problème est que le corps ne comprend pas les impulsions ou la précipitation. Il ne comprend que les processus.

Forcer quand vous n’êtes pas préparé ne vous rend pas plus fort ; Cela vous brise. Les blessures dues au surmenage, aux déséquilibres musculaires, à la fatigue mentale et à la frustration apparaissent fréquemment lorsque leur apparition est trop brutale. Lorsque les objectifs sont irréalistes, l’échec ne tarde pas à arriver. Et quand il arrive, il le fait avec un lourd tribut émotionnel : abandon, démotivation et sentiment d’avoir encore échoué.

Le changement le plus nécessaire ne réside peut-être pas dans la façon dont nous nous entraînons, mais dans la façon dont nous parlons de l’exercice. Nous avons normalisé un discours qui glorifie l’intensité et la souffrance, mais célèbre à peine la continuité. Nous admirons le défi extrême, mais nous ignorons le mérite de ceux qui bougent un peu chaque semaine sans faire de bruit. Il nous manque un récit qui considère l’exercice comme une habitude durable et non comme un test de caractère.

Après une longue période d’inactivité, le corps envoie généralement des messages clairs. On les remarque au niveau des articulations, dans des tendons et ligaments moins élastiques, dans un noyau fragilisé qui ne protège plus comme avant. Ce n’est pas une question d’âge ou de manque de volonté. C’est de la biologie. Le corps a besoin de temps pour se réadapter, et prétendre que cela ne conduit pas seulement à des blessures ou à un épuisement mental.

Par conséquent, endurer une douleur n’est pas un signe de force. S’arrêter tôt, soigner une blessure et revenir progressivement est en fait le seul moyen d’éviter de rester coincé dans une boucle de rechute et de frustration. Revenir trop tôt signifie presque toujours se blesser à nouveau. Dans ce processus, l’accompagnement professionnel n’est pas un luxe, mais une forme de soins judicieuse.

La véritable amélioration ne consiste pas à franchir la ligne d’arrivée d’un marathon après des mois de pause. Il s’agit de continuer à s’entraîner des semaines, des mois et des années sans s’effondrer en cours de route. Changer la culture du « maintenant » en celle du « petit à petit » n’est ni un renoncement ni un manque d’ambition. C’est une forme d’intelligence corporelle. Car, en fin de compte, la plus grande réussite n’est pas de relever un défi précis, mais de pouvoir continuer à avancer et à bâtir une santé à long terme.

José Manuel Argüello Cuenca

Chirurgien orthopédiste à l’unité de hanche et de genou de la Clínica Universidad de Navarra. Docteur en médecine et chirurgie, spécialiste des pathologies dégénératives, sportives et septiques du membre inférieur. Auteur de nombreux articles scientifiques, professeur agrégé et tuteur résident.

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